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L’AFRIQUE, PENSEES CRITIQUES

Longtemps le continent africain pouvait écrire ou parler, il n’était pas entendu. Aujourd’hui sa voix, ses voix, veulent sortir d’un face-à-face stérile avec l’Occident et peser pour inventer demain.

Leroman Americanah de la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie (Gallimard, 2015) a été traduit en une trentaine de langues. Après avoir investi le légendaire Collège de France en 2016, l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou vient de faire son entrée dans le Petit Larousse. Dans son livre Afrotopia, paru l’an passé, (éd. Philippe Rey), l’économiste et écrivain Felwine Sarr affirme que l’Afrique est le continent de l’alternative. Son essai est en cours de traduction pour les Etats-Unis et l’Italie. Quant à l’historien camerounais Achille Mbembe, l’auteur de Politiques de l’inimitié (La Découverte, 2016), il est devenu un intellectuel reconnu dans le monde, lui qui enseigne à la fois à l’université de Johannesburg et à Duke University, Etats-Unis.

Pour Sarr, 44 ans, et Mbembe, 59 ans, le renversement est là : «La pensée critique la plus actuelle ne vient plus d’Europe. C’est aujourd’hui le tour de l’Afrique.» (lire leur interview ci-contre). Pour eux, longtemps cantonnée à un «hors monde», l’Afrique est au contraire le lieu capable de produire aujourd’hui un discours monde. Et ils comptent bien le promouvoir. «C’est une pensée totale, mêlant aussi bien littérature, philosophie, et plus largement les sciences humaines et sociales», observe lui aussi Jean-Pierre Bat, chargé d’études Afrique aux Archives nationales (1).

Deux lignes forces rassemblent les auteurs du continent ou de sa diaspora : créer une pensée sans frontières - puisque l’histoire a fait des Africains, souvent à leur corps défendant, un peuple qui a migré sur tous les continents ; et cesser de se penser en rapport à l’Europe. «Il s’agit de sortir d’un face à face stérile avec l’Occident, d’énoncer un propos ne visant pas à répondre à l’injure, au mépris ou à des injonctions civilisationnelles, confirme l’écrivaine Léonora Miano, née au Cameroun.Il est question de mettre en place un modèle de civilisation original.»

Ces intellectuels et artistes, ceux d’expression française notamment, se reconnaissent et parfois se soutiennent, écrivant ou parlant à plusieurs voix. C’était le cas à l’automne dernier, avec la première édition des Ateliers de la pensée, organisée à Dakar par Felwine Sarr et Achille Mbembe pour «relancer une pensée critique qui ne se contenterait pas de se lamenter et de persifler». Un livre collectif, Ecrire l’Afrique-Monde vient de paraître, restituant la richesse des débats (éd. Philippe Rey-Jimsaan). Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne y croisait Alain Mabanckou, l’historien Mamadou Diouf ou le jeune économiste Ndongo Samba Sylla. «Lors des débats, de jeunes gens interpellaient les plus âgés en se demandant s’il n’était pas temps d’en finir avec le concept de négritude de Césaire - il faut oser s’attaquer à un tel mythe, loue la politologue Françoise Vergès, spécialiste des notions de genre et de race, auteure de le Ventre des femmes (Albin Michel, 2017). L’épuisement des idéaux portés par les mouvements décoloniaux permet par ailleurs à de nouvelles utopies d’émerger. Le productivisme, le développement ne suscitent plus l’espoir des populations africaines.» Grand réveil de la pensée africaine ? «L’Afrique n’a jamais cessé de penser, nuance le politologue français Jean-François Bayart, professeur au Graduate Institute de Genève. Les années 50 ont été un âge d’or, avec Frantz Fanon notamment. Il s’est prolongé après les indépendances avec des auteurs comme Ahmadou Kourouma et Sony Labou Tansi. La particularité de la génération actuelle est d’être postnationale plutôt que postcoloniale. Elle s’est émancipée de l’idéologie nationaliste et n’a gardé que le meilleur des études postcoloniales.»

L’histoire singulière de l’Afrique - au cœur de toutes les vicissitudes de l’histoire mais toujours présentée comme un continent à la marge -, lui permet aujourd’hui de postuler comme meilleur analyste du monde contemporain. «Très vieille à l’échelle de l’humanité et très jeune par sa population, l’Afrique ne s’est pas enfermée dans la temporalité linéaire du progrès, analyse la chercheuse Françoise Vergès. Pour connaître, l’Occident a toujours voulu tout répertorier, tout maîtriser, torturé par l’angoisse que quelque chose lui échappe. L’Afrique admet l’opacité, l’invisible, l’incomplétude. A l’heure du désastre écologique et du capitalisme prédateur, cela peut bouleverser la pensée contemporaine.»

Calixthe Beyala, Léonora Miano, Ken Bugul, Fatou Diome… les personnages de ces romancières de la diaspora montrent des frontières officielles «niées, effacées, transgressées, vaincues par des passages forcés, notait Benaouda Lebdai, spécialiste de littératures africaines, lors des Ateliers de la pensée. Les écrivains de la diaspora sont les précurseurs d’un monde nouveau qui placerait l’Afrique au centre des enjeux de pouvoirs.» Migrants aussi, les chercheurs. «A l’image du XXIe siècle, la pensée africaine est connectée, mobile, comme en témoigne la trajectoire de Mbembe (Cameroun, France, Etats-Unis, Afrique du Sud) qui transcende les clivages postcoloniaux», rapporte l’historien Jean-Pierre Bat.

«L’africanisation de la question planétaire» sera peut-être, rêve Achille Mbembe, l’événement majeur du XXIe siècle. Tous ne partagent pas son enthousiasme. Si des lieux émergent, sur le continent africain - la librairie dakaroise Athéna, de Felwine Sarr, les centres d’art comme Doual’art au Cameroun ou RAW Material Company à Dakar, des revues ou des blogs - beaucoup sont encore économiquement bien fragiles. «Les universités africaines manquent de moyens et ne peuvent éviter la fuite des cerveaux et le marché du livre reste pauvre sur la majorité du continent», remarque l’historien français Pierre Boilley, spécialiste de l’Afrique subsaharienne contemporaine à Paris-I.

Léonora Miano publiera, à la rentrée, Marianne et le Garçon noir, un livre collectif sur l’expérience des hommes noirs en France. «L’exposition médiatique dont certains intellectuels d’ascendance subsaharienne jouissent en France aujourd’hui éclaire le retard et les lacunes de l’Hexagone, estime-t-elle. Cela ne signifie aucunement que le propos de ces auteurs soit valablement pris en compte et devienne un outil de transformation. On se divertit de les écouter le temps d’une interview, on pioche dans leurs écrits une phrase ou deux, appréciées parce que porteuses d’une promesse de rédemption.» Mais l’Europe n’a peut-être pas vraiment le choix. Elle devra se mettre, modestement, à l’école du monde, selon Achille Mbembe. «Comme nous tous, sur tous les continents. C’est une question de survie.»

Léonora Miano publiera, à la rentrée, Marianne et le Garçon noir, un livre collectif sur l’expérience des hommes noirs en France. «L’exposition médiatique dont certains intellectuels d’ascendance subsaharienne jouissent en France aujourd’hui éclaire le retard et les lacunes de l’Hexagone, estime-t-elle. Cela ne signifie aucunement que le propos de ces auteurs soit valablement pris en compte et devienne un outil de transformation. On se divertit de les écouter le temps d’une interview, on pioche dans leurs écrits une phrase ou deux, appréciées parce que porteuses d’une promesse de rédemption.» Mais l’Europe n’a peut-être pas vraiment le choix. Elle devra se mettre, modestement, à l’école du monde, selon Achille Mbembe. «Comme nous tous, sur tous les continents. C’est une question de survie.»


Par Sonya Faure et Catherine Calvet Le 5 juillet 2017


L'AFRIQUE EST A LA FOIS LE BERCEAU DE L'HUMANITE ET LE CONTINENT DE L’AVENIR.


Une Jeunesse en voie de disparition à cause des dents de la méditerrané.

Nous fuyons notre idéale, nouys abandonnons nos cultures, nous tournons dos à l’Education, nous laissons tout tomber pour  loin de nos valeurs pour des destinations incertaines à la recherche d’un avenir meilleur, en réalité qui n’est qu’un mirage, nous voudrons que la jeunesse africaine ceci. L’Afrique a besoin de ses enfants pour se construire.

Nous sommes d’avis que l’Afrique possède la plus grande des richesses : une population jeune et nombreuse. Elle abrite la population la plus jeune du monde. 60% des Africains ont moins de 30 ans.

L’Afrique regorge de ressources naturelles indispensables à l’industrie technologique dans le monde. Elle est au centre de la nouvelle géopolitique des ressources minières et de l’énergie.

L’Afrique est le continent qui dessinera la nouvelle carte de la croissance économique. Son développement sera endogène et basé sur la volonté des peuples africains à prendre leur avenir à bras le corps.

Nous sommes parmi ceux qui ont l’ambition et la volonté de faire en sorte que l’Afrique devienne le continent de son propre avenir. Le continent qui mettra à profit ses ressources humaines et matérielles pour le développement de la recherche et de l’innovation ; le continent qui mettra à profit ses terres arables pour garantir la sécurité alimentaire : le continent qui est en mesure non seulement de transformer la vie d’un milliard de citoyens, mais aussi d’améliorer la vie de millions de personnes du monde entier; le continent dont la culture est source de rayonnement, d’inspiration et de créativité. Nous nous engageons à promouvoir la culture comme instrument du développement.

L’Afrique doit au plus vite dépasser sa dépendance à l’aide. Pour cela il appartient aux autorités africaines de mettre en concurrence les partenaires économiques tout en veillant à ce que l’exportation de ses ressources naturelles serve à accroitre les recettes nationales pour garantir l’accès aux services publics de base  et que les investissements permettent la création des emplois.

Il n’y aura pas de développement sans paix ni sécurité et il n’y aura pas de sécurité sans développement

L’Afrique souffre de son instabilité. Elle est devenue un terrain d’entrainement pour les groupes terroristes. Nous souhaitons qu’une solution africaine, promue par l’Union Africaine et éventuellement appuyée par des partenaires extérieurs, puisse être mise en œuvre  en matière de sécurité. Il est essentiel pour l’Afrique de se doter des moyens nécessaires pour maintenir la paix et mener une politique antiterroriste globale, intégrée et durable. L’Afrique a besoin d’une force militaire de maintien et d’imposition de la paix. Il faut que la jeunesse Africaine comprenne que personne ne fera son bonheur si elle ne se décide pas, si elle ne s’élève pas si elle ne regarde pas dans la bonne direction.

Les Africains doivent tous se lever, se mettre ensemble main dans la main pour arrêter tous ces drames en mer méditerranée et dans les déserts. Notre jeunesse est en train de finir pour laisser place à un continent de désolation, de tristesse et lamentations.

Les statistiques des migrations africaines : ni exode, ni invasion

Cris Beauchemin et David Lessault

Les migrations africaines d’origine subsaharienne occupent aujourd’hui une place dominante dans les discours politiques et médiatiques portant sur l’immigration. En 2005, les images de migrants prenant d’assaut la « forteresse Europe » – l’expression, surtout utilisée dans la presse ou les documents qui émanent d’ONG, désigne l’Europe de Shengen en faisant explicitement référence à sa politique de contrôle des frontières – en tentant de traverser les barrières qui séparent le Maroc des deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ont frappé les esprits. Et depuis, les mesures politiques, policières et diplomatiques se sont succédées en France et en Europe pour cibler les priorités d’action sur l’Afrique et la Méditerranée : la mise en place en 2005 de l’Agence Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne) symbolise bien la volonté de protection des frontières extérieures de l’Union européenne (UE) de ce que certains qualifient d’une véritable « invasion africaine » (de Haas, 2008).

L’immigration subsaharienne en France

3Examinons en premier lieu le poids relatif des Subsahariens dans la population étrangère et immigrée progressivement constituée en France.

Une minorité en 2004 

4On comptabilise ici dans la population immigrée : les personnes « nées étrangères » à l’étranger. Depuis 1962, on note d’abord que le nombre d’immigrés d’origine subsaharienne – personnes nées dans un pays d’Afrique subsaharienne et résidant en France au moment des recensements – a cru à un rythme plus important que l’ensemble de la population immigrée sur la même période. Cette progression s’explique par le très faible volume des Subsahariens en 1962. À l’époque, les Africains du sous-continent noir étaient les précurseurs d’une nouvelle « vague migratoire ». Et, malgré une forte croissance – témoignant d’une certaine « jeunesse » de l’immigration africaine – le nombre d’immigrés subsahariens demeure toujours une minorité du « stock » de la population étrangère en France : 12 % en 2004.

Figure minorité en 2004.n° 1 : Évolution du « stock » : une  

COMPRENDRE LA MIGRATION AFRICAINE ;

IMMIGRATION AFRICAINE : POURQUOI QUITTENT-ILS LEUR PAYS ?

 

Les difficultés qu’ils rencontrent dans leur pays poussent des milliers de jeunes Africains à préférer l’exode, même clandestin.

L’immigration n’est pas un phénomène nouveau

Des mouvements migratoires ont toujours existé entre les pays sahéliens et le Maghreb en général ; mais il s’agissait surtout de Maliens, de Nigériens et de Tchadiens, qui s’y rendaient pour des travaux saisonniers, et parfois, pour s’y installer. Mais aujourd’hui, le but a changé : il s’agit d’aller plus loin… en Europe. Le système des visas pour accéder aux pays européens, la difficulté pour les obtenir, et la création de l’espace Schengen, ont contribué au développement de filières migratoires clandestines, surtout en Algérie et au Maroc. Elles sont désormais, pour les candidats à l’émigration, la seule possibilité de réaliser leur projet.

Certes, l’accès en France des ressortissants de l’Afrique Noire relève des conventions de libre circulation des personnes, signées entre la France et la plupart des pays d’Afrique noire, peu après les indépendances. Mais les choses ont changé, et « l’immigration choisie » est loin de répondre aux attentes de tous ceux qui veulent partir.

Le problème aujourd’hui

Dans ces dernières années, l‘océan Atlantique est devenu le cimetière de milliers d’émigrants africains inconnus qui s’y noient en tentant de gagner les Canaries à partir de la Mauritanie. Pour environ mille euros chacun, gagnés dans l’économie souterraine à Nouakchott ou à Nouadhibou, les clandestins venus de divers pays d’Afrique noire se lancent dans la traversée, entassés à 40 ou 50 et parfois 70 sur des barques de pêche relativement robustes. Une panne de moteur ou une trop grosse vague seront souvent mortelles. Ils risquent tout pour ce voyage, et ils savent que leur futur ne sera pas aisé. Certains y laisseront leur vie, d’autres seront renvoyés chez eux et d’autres encore, qui atteindront leur destination, savent que leur existence n’y sera pas forcément plus facile. Mais les difficultés qu’ils rencontrent dans leur pays poussent des milliers de jeunes Africains à préférer l’exode, même clandestin.

Pourquoi veulent-ils quitter leur pays ?

Pourquoi un tel afflux d’immigrés vers l’Occident ? Pourquoi ces gens prennent-ils des risques frôlant le suicide ? Pourquoi ? Ils se retrouvent face à un choix difficile : « Avancer, c’est mourir ; reculer, c’est mourir. Alors, mieux vaut avancer et mourir. »

Pourquoi quittent-ils alors leurs pays ? Aucun homme ne quitte son pays pour le plaisir d’immigrer. « Mes oreilles résonnent encore d’un mot que prononçaient inlassablement les clandestins que j’ai côtoyés : le bonheur. Vouloir être heureux à tout prix, mettre sa vie en jeu et ne pas renoncer… Quelle que soit la difficulté. Quel que soit le temps qu’il faudra y consacrer. Un quitte ou double que nous n’osons plus regarder en face… » (Serge Daniel) « Nous sommes sortis de nos familles et de nos pays la rage au cœur avec l’envie de réussir… », affirme un jeune Camerounais. Pour lui, le chômage et la pauvreté constituent la principale cause de l’immigration, et le rêve et le mirage de l’eldorado occidental.

  1. L’économie

Depuis la décolonisation, on voit l’accentuation du sous-développement. L’Afrique subsaharienne doit importer la majorité des produits industriels et de consommation dont elle a besoin. Ceux-ci ont des coûts de plus en plus élevés, en raison de la forte dévaluation de la plupart des monnaies. Aussi la dette extérieure augmente dangereusement. De plus, les cultures vivrières qui doivent alimenter les populations sont sacrifiées au bénéfice de cultures d’exportation, au nom de l’impératif du développement. Or, les pays du Sud n’ont aucune prise sur la fluctuation des cours de ces cultures qui sont fixés unilatéralement par les pays industriels occidentaux. Devant faire face à la faim, la population doit chercher un endroit où le manger ne fera pas partie de la préoccupation quotidienne. Une sorte de terre promise, pays du salut. Et cet endroit, c’est l’Occident.

  1. La politique

La seconde cause de migration est bien sûr l’injustice sociale et la grande précarité. Depuis la fin de la guerre froide, les aides se sont effondrées à des niveaux jamais connus. L’Afrique ne joue plus son rôle de partenaire, et elle doit traiter à leurs conditions avec les grandes multinationales occidentales, et les institutions financières internationales. La lutte pour le pouvoir et l’accès aux richesses a ouvert des conflits intérieurs et extérieurs de plus en plus dévastateurs. Un Africain sur cinq vit une situation de guerre ; et la violence est en train de devenir le mode usuel des relations sociales entre cadets et aînés, riches et pauvres, ethnies et religions différentes.

  1. Et tous les autres maux dont souffre l’Afrique sub-saharienne

Le sida qui continue ses ravages (en 2007, 22,5 millions de sub-sahariens vivent avec le VIH) ; la faim (200 millions d’Africains ont faim, car l’Afrique demeure le continent le plus touché par la faim et la malnutrition) ; l’eau (malgré des réserves d’eau douce qui sont parmi les plus importantes du monde, 450 millions d’Africains souffrent toujours du manque d’eau courante et potable) ; le chômage (les emplois sont rares et les salaires trop maigres).

Contre eux, une politique de refus

Bien des voix se lèvent pour dénoncer la victoire des partis d’extrême droite dans beaucoup de pays d’Europe et le renforcement des lois sur l’immigration. La xénophobie augmente, les immigrés sont montrés du doigt… Mais peut-on honnêtement accuser les immigrés d’être la cause du chômage, de l’insécurité, de l’insalubrité ?

On ne peut nier que l’immigration irrégulière constitue l’une des principales préoccupations des pouvoirs publics et des citoyens des pays industrialisés. Les moyens sont nombreux pour détourner la loi : entrée illégale dans les pays de destination, mariages blancs, dépassement des séjours autorisés, interprétation abusive du droit d’asile. On connaît aussi la difficulté à renvoyer les candidats non désirés.

Aussi tout est fait pour accroître le contrôle des frontières. Le 26 octobre 2004, l’Union Européenne crée Frontex (agence européenne pour gérer les frontières extérieures de l’Union Européenne). Certes, plus ces contrôles sont renforcés, plus il est difficile et risqué pour les clandestins de les franchir. Cela se traduit par plus de morts et de souffrances parmi ceux qui cherchent désespérément un avenir meilleur. Même ceux qui réussissent à passer ne sont pas pour autant sortis d’affaire. Ils sont souvent arrêtés et renvoyés dans leur pays, quand ils ne finissent pas dans des centres de rétention.

« Nous ne pouvons ignorer les véritables problèmes politiques que pose l’émigration, comme nous ne pouvons non plus perdre de vue les formidables perspectives qu’offre celle-ci aux émigrants, aux pays qu’ils quittent et ceux où ils se rendent. » (Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU)

Et pourtant !

Il faut reconnaître que les migrations venant des pays du Sud sont d’abord une conséquence de la surexploitation des écosystèmes et d’une main-d’œuvre pauvre, insuffisamment protégée et non organisée. Piller les ressources naturelles d’une population, abuser de sa faiblesse pour lui faire extraire des minerais, cultiver des denrées alimentaires à vil prix, c’est exercer contre elle une véritable violence économique.

Chez nous, miser essentiellement sur « la sécurité » favorise le travail au noir et la clandestinité. Et ces clandestins, dont la fragilité fait l’affaire des trafiquants, sont évidemment perçus comme une concurrence déloyale par les travailleurs européens les plus exposés. C’est pour cette raison que l’économie souterraine doit être régularisée, comme les travailleurs sans papiers, afin de ramener l’argent noir vers les cotisations sociales. Et alimenter ainsi la solidarité, plutôt que les peurs et la répression.

Car cela nous regarde tous… L’Europe va perdre 66 millions d’actifs d’ici 40 ans. Et parce que sa population est vieillissante, elle ne pourra remédier à son déclin qu’en recourant à l’immigration.

C’est là une chance pour les populations des pays d’émigration, qui pourraient profiter de cette opportunité pour se développer et mieux se faire respecter. Enfin, parce que le métissage culturel est une richesse, les migrations doivent aussi être considérées comme une chance à saisir.

Quelles solutions ?

Si même le risque de mort ne dissuade pas les clandestins, comment agir ? La prison ? Ils s’en moquent. Le renvoi dans leur pays ? Ça coûte cher et ils reviennent. Surveiller les frontières, encore plus ? Coût trop élevé et impossible mission… Alors que faire ?

Il nous faut d’abord prendre davantage conscience des nombreuses difficultés que les migrants rencontrent au quotidien, bien qu’elles ne soient pas forcément les mêmes pour tous au même titre : une grande précarité au plan matériel (nourriture, entretien personnel, logement) et des difficultés d’accès aux soins ; peu et parfois pas du tout de travail, et un travail mal rémunéré ; l’attitude inamicale d’une bonne partie de la population locale ; un sentiment d’abandon et d’isolement, du fait qu’ils sont des clandestins ; souvent l’abus de pouvoir de la part des forces de l’ordre ; des conditions de refoulement très dures, voire inhumaines. Et tout cela est encore plus lourd pour les femmes et les enfants.

Il est certain que la plupart des migrants préféreraient rester dans leur pays d’origine, parce qu’ils y ont leur famille, leur culture, leurs racines. Il est donc urgent d’aider au développement des droits humains, de la démocratie, du syndicalisme et de la protection de l’environnement dans les pays africains. Mais il est vrai que les Occidentaux doivent aussi aider à créer de l’emploi chez eux, en investissant dans l’industrie, le textile, l’agriculture, la pêche, l’élevage… Réduire la pauvreté en Afrique est le moyen le plus efficace pour lutter contre l’immigration clandestine.

Les États d’Afrique doivent cesser d’agir comme dans les années de prospérité où l’Europe, en plein boom industriel et immobilier, avait besoin d’une main-d’œuvre africaine bon marché. Les temps ont changé, l’économie moderne emploie peu de travailleurs, et les syndicats européens eux-mêmes en sont les premières victimes.

Pour conclure

On peut reprendre les paroles de la Ligue des Droits de l’Homme :

« Migrer, quitter son pays, quel qu’en soit le motif, est toujours un choix douloureux, mais un choix dont le droit est inscrit dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme à l’article 13. Migrer est un choix personnel, aucune mesure étatique dans un monde où existe la liberté de circulation des marchandises, des services et des capitaux, ne pourra empêcher les personnes de circuler. S’il est légitime que les États contrôlent les entrées et les sorties à leurs frontières, il n’est pas légitime que les États considèrent les personnes qui se présentent à leurs frontières comme des criminels.

Les femmes et les hommes qui veulent venir en Europe ont le droit d’être accueillis, de faire valoir les raisons de leur venue. Faire croire aux citoyens européens que des mesures de contrôle aux frontières et bien au delà des frontières « protégeraient » l’Europe de l’immigration, que des morts en Méditerranée et ailleurs en seraient le prix à payer est un mythe dangereux, quand l’Union européenne évalue elle-même son solde migratoire à plus d’un million de personnes. »

Des hommes ont faim. Rien ne les empêchera d’aller dans les pays où ils pensent qu’on ne connaît ni la faim ni l’arbitraire. L’Afrique doit en tirer ses leçons.

L’Afrique est un continent si riche en ressources humaines ainsi que naturelles ; pourquoi donc refuser la liberté économique aux Africains ? « Nous sommes une génération qui croyons que le présent, c’était hier et aujourd’hui nous sommes déjà en retard. L’avenir nous appartient ! À nous de le posséder.»

« La Déclaration de New York consacre un engagement politique d’une force et d’une résonance sans précédent. Elle vient combler une lacune persistante du système international de protection, à savoir l’instauration d’un authentique partage des responsabilités à l’égard des réfugiés. »

Le 19 septembre 2016, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté un ensemble d'engagements destinés à améliorer la protection des réfugiés et des migrants. Ces engagements sont énoncés dans la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants. La Déclaration de New York réaffirme l'importance du régime international applicable aux réfugiés et traduit l'engagement des États Membres à renforcer et améliorer les mécanismes de protection des migrants. Elle ouvre la voie à l'adoption de deux nouveaux traités mondiaux en 2018 : le Pacte mondial sur les réfugiés et le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

En adoptant la Déclaration de New York, les États Membres ont :

  • exprimé leur profonde solidarité avec toutes les personnes qui ont été contraintes à la fuite ;
  • réaffirmé leur obligation de respecter pleinement les droits fondamentaux des réfugiés et des migrants ;
  • convenu que la protection des réfugiés et des pays qui les accueillent sont des responsabilités internationales partagées qui doivent être assumées de manière plus équitable et prévisible ;
  • promis un soutien important aux pays touchés par les déplacements massifs de réfugiés et de migrants ;
  • convenu des éléments fondamentaux d’un Cadre d’action global pour les réfugiés ;

De plus amples informations sur la Déclaration de New York sont disponibles ci-après dans les documents visés à la rubrique « Autres ressources ».

Le Cadre d’action global pour les réfugiés

La Déclaration de New York définit, en son appendice I, les éléments clés d’un cadre d’action global pour les réfugiés qui s’applique aux déplacements massifs de réfugiés et aux crises de réfugiés prolongées.

Le Cadre d’action global pour les réfugiés s’articule autour de quatre objectifs clés :

  • Soulager la pression sur les pays d’accueil ;
  • Renforcer l’autonomie des réfugiés ;
  • Développer les solutions faisant appel à des pays tiers ;
  • Promouvoir les conditions nécessaires dans les pays d’origine pour un retour des réfugiés dans la sécurité et la dignité.

Le HCR travaille avec les gouvernements et d'autres parties prenantes pour appliquer le Cadre d’action global pour les réfugiés (CRRF) dans différents pays, notamment Djibouti, l'Éthiopie, le Honduras, l'Ouganda et la République unie de Tanzanie ainsi qu'à la situation des réfugiés somaliens, dans le cadre d'une approche régionale.

Le Pacte mondial sur les réfugiés

La Déclaration de New York invite le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés à proposer un « pacte mondial sur les réfugiés » inspiré du Cadre d'action global pour les réfugiés dans le rapport annuel qu'il soumettra à l'Assemblée générale en 2018. De plus amples informations sont disponibles ici Vers l’élaboration d’un pacte mondial sur les réfugiés.

Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières

La Déclaration de New York prévoit également la tenue de négociations en vue de l'élaboration d'un Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières dont l'adoption interviendra en 2018. Bien que ces deux processus se déroulent en parallèle, l'Assemblée générale est convenue que les deux traités mondiaux seraient « séparés, distincts et indépendants ».

Le Pacte mondial sur les migrations améliorera la coordination relative aux migrations internationales et offrira un cadre pour une coopération internationale globale en matière de migrations et de mobilité humaine. En outre, la Déclaration de New York prie le HCR de contribuer à l’élaboration de ce pacte ainsi qu’à la définition de principes non contraignants relatifs aux migrants en situation de vulnérabilité. Les domaines dans lesquels la contribution du HCR est sollicitée sont notamment la réponse aux flux de réfugiés et de migrants, la protection des migrants dans les pays en crise et dans d’autres situations de vulnérabilité ainsi que les déplacements résultant du changement climatique et de catastrophes naturelles.

Le HCR travaillera en étroite collaboration avec différentes parties prenantes sur les questions de complémentarité entre les deux traités mondiaux (réfugiés et migrations), surtout au regard de questions transversales telles que la traite des êtres humains et le trafic de migrants, les sauvetages en mer, la collecte et l’analyse de données et la promotion de la tolérance.

De plus amples informations sur le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières sont disponibles sur le site Web des Nations Unies pour les réfugiés et les migrants.

Sommet des dirigeants sur la crise mondiale des réfugiés

Après l’adoption de la Déclaration de New York, le Secrétaire général des Nations Unies et sept États Membres ont co-organisé le 20 septembre 2016 le Sommet des dirigeants sur la crise mondiale des réfugiés en vue d’améliorer le partage mondial de responsabilité à l’égard des réfugiés. À l’occasion de ce Sommet, 47 États se sont engagés à introduire des changements juridiques ou politiques visant à favoriser l’accès des réfugiés à l’éducation, à l’emploi et aux services sociaux, à augmenter notablement l’aide humanitaire et à élargir l’accès à des solutions faisant appel à des pays tiers, telles que la réinstallation et autres procédures complémentaires.

De plus amples informations sur ces engagements sont disponibles 


FASED MAROC

Combien sont nos jeunes qui meurent chaque jour en mer méditerranée.

Pour que les jeunes comprennent le danger de l’immigration par la mer vers l’Europe.

Il nous faut une action forte et concrète de la part de nos dirigeants africains. La jeunesse Africaine est en voie de disparition, il est temps de réagir. (Fased)

 

Article de presse par rts Info

 

POURQUOI LES CHIFFRES DES MIGRANTS MORTS EN MEDITERRANEE SONT PARTIELS


D'où viennent les chiffres de la migration en Méditerranée? Tout un monde / 5 min. / mercredi à 08:30

Selon les données officielles, 411 migrants se sont déjà noyés en Méditerranée depuis le début de l’année entre la Libye et l’Italie. Mais ces chiffres, difficiles à établir, sont sans doute inférieurs à la réalité.

C’est le début d’année le plus meurtrier depuis que l’Organisation internationale des migrations (OIM) comptabilise ces décès.

Jusqu'en 2013, c'étaient des ONG - donc la société civile - qui tentaient d'enquêter avec très peu de moyens sur les morts en mer. Depuis 2014, l'OIM a pris le relais et dresse ces terribles bilans repris par les médias: 4581 migrants décédés en 2016, 2834 décédés en 2017.

Mais l'organisme des Nations unies n'a guère de moyens, lui non plus. Pour parvenir à connaître le nombre de personnes noyées en Méditerranée, l’OIM compile les morts repérés par les bateaux des ONGqui œuvrent en mer pour sauver les embarcations en détresse. Elle utilise aussi les rapports que les garde-côtes libyens veulent bien lui livrer. Mais sa principale source reste… les médias - qui comptent justement sur elle pour ensuite informer le public. C’est le serpent qui se mord la queue.

Il y a des cas de naufrages qui ont lieu sans laisser aucune trace.

Charles Heller

"Il y a plusieurs difficultés dans la collecte de ces données", relève Charles Heller, qui travaille sur les naufrages et les violations de droits des migrants. "La première, c’est la capacité de la presse à savoir qu’il y a eu des morts. La deuxième, c’est le fait que cette presse ne publie pas toujours des articles sur ces morts. La troisième, c’est que l’OIM ait accès à ces différents articles."

Par ailleurs, ajoute le chercheur suisse, "les sources de la presse ne sont absolument pas exhaustives. Il y a des cas de naufrages qui ont lieu sans laisser aucune trace." Toutes les victimes que les médias ne repèrent pas ou dont ils ne parlent pas sont donc des morts qui ne sont pas comptabilisés dans les bilans de l’OIM.

La situation en Libye complique encore les choses

Or il est extrêmement difficile pour les journalistes de savoir ce qui se passe en mer, et encore plus le long des côtes libyennes. L’association Reporters sans frontière (RSF) vient de dénoncer d’ailleurs une situation intenable pour les journalistes en Libye. Les conditions sécuritaires ne leur permettant pas de faire leur travail, ils quittent le pays.

Et aujourd'hui, l'OIM ne peut plus compter autant qu’avant sur les informations livrées par les ONG, parce que - depuis l’été dernier - la Libye leur interdit de s’approcher des côtes.

Seuls les garde-côtes patrouillent sur cette large bande de mer. Et ils le disent eux-mêmes: ils n’ont pas les moyens de lutter contre les passeurs comme il le faudrait. Des embarcations peuvent donc facilement prendre la mer et sombrer sans que personne ne le sache.

Il est impossible de savoir combien de morts nous échappent.

Julia Black

Les chiffres donnés ne sont donc en fait que des estimations. "Et des estimations vraiment prudentes, minimales", reconnait Julia Black, responsable du programme chargé de répertorier les décès de migrants en mer à l'OIM.

"Il est impossible de savoir combien de morts nous échappent", dit-elle. "Ce qui est extrêmement préoccupant selon moi, c’est le nombre de corps retrouvés sur les côtes nord-africaines. L’an dernier, nous avons répertorié des centaines de corps, échoués sur les plages libyennes et tunisiennes. Des corps retrouvés sans qu’on ait eu à ce moment-là connaissance du moindre naufrage. Cela signifie que des migrants sont peut- être jetés par-dessus bord lors de la traversée et que des naufrages ont lieu sans qu’on n’en sache jamais rien."

Plus de morts encore dans le désert

Ces bilans, très partiels, ne permettent pas de donner des tendances solides. Même si les chiffres laissent apparaître un nombre de morts nettement inférieur en 2017 qu'en 2016, "la situation reste la même", concède Julia Black. "Il y a beaucoup, probablement des centaines voire des milliers de corps, qui disparaissent au fond de la Méditerranée."

Et selon bon nombre d’experts, le nombre de morts dans le désert serait encore bien plus important que le nombre de migrants qui meurent en mer.

Maurine Mercier/oang

Publié mercredi à 09:37